Actualités · Veille · 17 octobre 2026

Épandage par drone : où en est la France ?

Des millions d'hectares traités par drone en Chine, une porte qui s'entrouvre à peine en France. État des lieux, chiffres et cadre réglementaire.

Dans le monde, le drone agricole n'est plus une curiosité. En France, il reste l'exception. Entre les deux, une question se pose à chaque vigneron qui a vu un tracteur s'embourber après un orage : pourquoi pas chez nous ?

Ailleurs, un outil de tous les jours

Selon le rapport annuel de DJI Agriculture publié en 2025, environ 400 000 drones agricoles de la marque étaient en service fin 2024, soit 90 % de plus qu'en 2020. Ils ont traité plus de 500 millions d'hectares en cumulé, dans plus de 100 pays.

La Chine domine très largement. D'après une analyse publiée par CleanTechnica en septembre 2026, le pays a réalisé environ 203 millions d'hectares de traitements par drone en 2025, avec quelque 309 000 appareils, soit environ trente fois l'activité des États-Unis (6,6 millions d'hectares de traitements).

PaysHectares de traitements par drone, 2025
Chineenviron 203 millions
États-Unisenviron 6,6 millions
Franceessais encadrés uniquement

Un « hectare de traitement » compte chaque passage : un champ traité trois fois compte trois fois. Ces chiffres mesurent un volume de travail, pas une surface. Ceux de DJI proviennent d'un constructeur et sont à lire comme tels.

Les études de cas citées par DJI parlent aussi à la vigne : sur un vignoble roumain, le volume de produit serait passé d'environ 242 à 112 litres, et le temps de traitement de trois ou quatre jours à deux heures et demie.

En Europe, interdit par principe

Depuis 2009, le droit européen interdit la pulvérisation aérienne de produits phytosanitaires, sauf dérogation. Le drone y est assimilé à un aéronef. Plusieurs pays avancent pourtant : des Länder allemands encadrent déjà son usage en vigne et en forêt, la Bulgarie et la Hongrie envisagent de l'élargir, l'Espagne, l'Italie et la Grèce ont lancé des programmes d'évaluation.

En France, une porte entrouverte

La loi du 23 avril 2025 a ouvert une exception au principe d'interdiction, pour des drones équipés de buses antidérive. Les conditions sont strictes :

  • parcelles en pente de 20 % et plus, bananeraies et vignes mères de porte-greffes conduites au sol ;
  • uniquement des produits de biocontrôle, autorisés en agriculture biologique ou à faible risque ;
  • de nouveaux essais encadrés possibles pendant trois ans au plus, sur d'autres parcelles ou cultures, avec les mêmes catégories de produits et un suivi transmis à l'Anses.

Les textes d'application ont été soumis à consultation publique au printemps 2026.

Ce que disent les essais

Une expérimentation menée de 2019 à 2021 a, selon le ministère, montré des avantages du drone par rapport au traitement terrestre sur ces terrains difficiles. L'Anses, en 2022, juge le drone intéressant mais à réserver aux situations de faible pression et aux cultures à faible volume foliaire : les étages inférieurs du feuillage reçoivent moins de produit. C'est précisément pour cela que la détection compte : traiter tôt, un foyer bien localisé, avant que la pression ne monte.

Notre position

Les vignes du Luberon que nous suivons ne sont pas en pente de 20 %. Nous portons avec des vignerons et des institutions une demande d'autorisation expérimentale pour la campagne 2027 : détecter un foyer, puis traiter ce foyer et lui seul, avec du soufre ou du cuivre autorisés en bio. Moins de produit, pas de tassement du sol, moins d'exposition pour l'applicateur.

Détecter tôt, traiter peu.

Toutes les actualités